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La
pédagogie de projet
Auteur:
Laurent Dubois
Enseignant au primaire
École d'Avully, Suisse
http://www.edunet.ch/classes/c9/home.htm
Pour pratiquer la pédagogie de projet, il faut d’abord adhérer aux récentes
théories de l’apprentissage qui ont amené à poser une distinction entre
enseignement et apprentissage. Cette distinction modifie singulièrement les
relations au sein du triangle didactique « maître - élève - savoir ». Dans cette
optique, le maître n’est plus celui qui transmet des savoirs, l’élève n’est plus
le sujet plus ou moins passif de ses apprentissages, l’accès à la connaissance
ne se fait plus par placages successifs de notions. L’enseignant convaincu par
ces principes trouvera dans la pédagogie de projet une réponse à bien des
implications pédagogiques issues des théories socio-constructivistes de
l’apprentissage.
Donner du sens aux apprentissages
La pédagogie de projet permet, à mon
avis, de donner du sens aux apprentissages des élèves. Dans un projet de
correspondance, par exemple, les élèves se voient contraints de maîtriser
quelques règles liées à ce type de texte, s’ils désirent se faire comprendre par
leurs correspondants. D’eux-mêmes, ils se soucient de leur orthographe, de leur
syntaxe et de leur mise en page. Ils sollicitent fréquemment le maître ou un de
leur camarade afin d’améliorer leur production écrite, et consultent parfois
spontanément les ouvrages de référence. D’autres projets provoquent les mêmes
attitudes relatifs à l’expression écrite, comme la réalisation d’une exposition,
la publication d’un journal d’école ou la confection d’une brochure
d’information. Cependant, tout n’est pas si rose dans la pédagogie de projet. Si
beaucoup d’activités sont porteuses de sens, quelques élèves développent
néanmoins des stratégies d’évitement. Concernant la correspondance, les propos
de l’une de mes élèves sont éloquents: « J’aime bien recevoir des messages, mais
pas tellement en envoyer ». La pédagogie de projet est exigeante et nécessite
des efforts de la part de tous les acteurs. L’enseignant se voit donc parfois
contraint de relancer les projets et de trouver des astuces pour motiver ses
élèves.
Le rôle du maître
Dans une pédagogie de projet, le
maître n’est plus le détenteur du savoir. Il organise les activités et tente d’y
apporter un éclairage didactique dans le but d’enclencher des apprentissages
(c’est peut-être ce qui le différencie des G.O. du Club Méditerranée). Ainsi, il
trouvera, lors de l’élaboration d’une pièce de théâtre, des moyens permettant
d’améliorer l’expression orale des élèves. Ce médiateur peut également apporter
des idées et encourager l’ensemble de la classe. Quoi qu’il en soit, il a
également un rôle fondamental qui est de relancer les élèves ou les groupes
d’élèves « en panne », et enfin, d’institutionnaliser les apprentissages. Cette
dernière mission lui permet de faire le lien entre le projet à proprement parler
et les différentes notions à acquérir à l’école primaire, notions définies, en
partie, dans les plans d’étude.
Respecter les plans d’étude et la Loi sur
l’Instruction Publique
Les détracteurs de la pédagogie de
projet ont tendance à croire qu’elle ne s’inscrit aucunement dans les plans
d’étude de l’enseignement primaire. Or, à y regarder de plus près, on se rend
compte que si le plan d’étude mentionne une liste de savoirs fondamentaux à
maîtriser, il mentionne également une liste de savoir-faire qu’il s’agit
d’exercer tout au long de la scolarité obligatoire. Ce sont ces compétences que
la pédagogie de projet tente de développer. Ainsi, par exemple, publier un
journal d’école, c’est satisfaire l’extrait du GRAP suivant: « l’élève exprime
ses sentiments, ses expériences, ses jugements, ses opinions, ses désirs »
puisque dans ce projet, on retrouvera une multitude de types de texte
différents.
Concernant les savoirs fondamentaux
apparaissant dans les pages de droite du GRAP, la pédagogie de projet en tient
compte en arrière fond. Ne l’oublions pas, certains savoirs sont nécessaires
pour mener à bien l’ensemble des projets pédagogiques. Dans une pédagogie de
projet il est donc indispensable de mettre en évidence certaines notions,
certains outils qui apparaissent explicitement dans les plan d’étude.
L’article 4 de la Loi sur
l’Instruction Publique précise les objectifs de l’enseignement public. Les
visées de la pédagogie de projet semblent poursuivre les mêmes objectifs. Une
relecture de la LIP nous en apportera la certitude.
L’enseignement public a pour but,
dans le respect de la personnalité de chacun :
a) de donner à
chaque élève le moyen d’acquérir les meilleures connaissances dans la
perspective de ses activités futures et de chercher à susciter chez lui le désir
d’apprendre et de se former;
b) d’aider chaque élève à développer de manière équilibrée sa
personnalité, sa créativité ainsi que ses aptitudes intellectuelles, manuelles,
physiques et artistiques;
c) de préparer chacun à participer à la vie sociale, culturelle, civique,
politique et économique du pays, en affermissant le sens des responsabilités, la
faculté de discernement et l’indépendance de jugement;
d) de rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde
qui l’entoure, en développant en lui le respect d’autrui, l’esprit de solidarité
et de coopération;
e)
de tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves
dès les premiers degrés de l’école.
Pour conclure
Malgré cette réflexion optimiste, il
convient de distinguer ce qui relève de l’apprentissage conscient par «
régulation didactique structurée », de ce qui peut être acquis par immersion.
Étudier certains types de texte et certains phénomènes linguistiques à travers
des séquences didactiques structurées ou, plus simplement, exercer le calcul
mental et les opérations, permet sans aucun doute de fournir aux élèves des
instruments qui leur permettront de réaliser des projets de plus en plus
complexes.
Je ne conçois pas la pédagogie de
projet comme une succession d’activités libres, mais plutôt comme un incessant
va et vient entre une tâche originale, le « projet », et des activités qui
permettent aux élèves de se questionner par rapport à cette tâche, de structurer
leurs connaissances et de stabiliser des savoirs et savoir-faire.
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